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Rythmes de l'enfant : retour à la case départ !


Publié le 27 janvier 2013


Le Ministre de l'Education Nationale aura réussi à dresser les instituteurs, oh pardon, les professeurs d'école, contre son projet d'aménagement des « rythmes scolaires ».
Il aura même réussi le tour de force de faire s'opposer deux alliés naturels : la FCPE et le SNUIPP, le premier syndicat des personnels du primaire ….

A-t-il voulu faire trop vite, en bousculant les étapes ?

Une réelle concertation demande du temps, de l'écoute et des échanges.

Faire s’opposer des alliés, ce n’est jamais innocent, c’est même un des procédés tactiques connus de toute éternité, pour affaiblir et vaincre à moindres frais. C’est donc la preuve que ce coup du gouvernement n’est pas une maladresse et un acte précipité, mais qu’il est sciemment et volontairement organisé.

La grève sur Paris des professeurs d'école a été massive contre la décision du gouvernement et du maire de Paris d'agir aux forceps.

Dans l'affaire, l'intérêt de l'enfant est oublié par les uns et par les autres, c’est même la dernière chaussette dont ils se soucient.

L'opposition des enseignants au projet est compréhensible, on leur rajoute une demi-journée de travail, le mercredi, sans compensation et on augmente leur temps de présence sur l'école avec l'élargissement de la plage de la pause méridienne.
Qui dans ces conditions accepterait de voir ses conditions de travail s'aggraver ? d'autant plus que cet élargissement de plage va conduire à mettre en place une garderie.
Admettons que les enfants soient fatigués après le repas du midi, et qu’ils aient besoin de se poser et de se reposer, mais où se mettront-ils, dans quelles conditions ?
On entend ça et là des commentateurs traiter les syndicats d'enseignants de corporatistes !
Syndicats professionnels, ils défendent les intérêts du personnel et c'est légitime.
Les associations de parents d'élèves savent qu'il vaut mieux pour prendre en compte les rythmes biologiques des enfants qu'il y ait classe le samedi matin ... Oui mais voilà, la demande des parents est si forte pour éviter de se lever un jour de plus, qu'il n'est pas question de revenir à la situation d'avant Darkos ... Parle-t-on de corporatisme de la part des parents ?

Dans le cadre de l'aménagement du temps de l'enfant, le projet gouvernemental envisage de libérer un temps scolaire de fin d'après midi (ou de début ?) et de le remplacer par du temps péri et post scolaire animé par des animateurs.
L'idée pourrait paraître « innovante » mais comme les moyens ne suivront pas, beaucoup de communes ne pourront pas organiser des accueils et activités ludiques encadrées par du personnel compétent … Il va y avoir une inégalité de traitement entre les écoles en fonction de leur situation géographique et des moyens municipaux disponibles.

L’innovation n’est pas un critère acceptable : nous refusons de prendre l’innovation pour une amélioration. Ce mot est même employé, assené si souvent et dans de telles circonstances, qu’il suscite aussitôt le rejet de ce qui va être à coup sûr une arnaque.
Il est certain que l’Etat ne fournira aucun crédit aux mairies, nous avons la douloureuse expérience de la dette de l’Etat envers les collectivités locales pour les salaires des fonctionnaires jadis d’Etat, et territorialisés depuis la loi de décentralisation de Defferre en 1982 : l’Etat, de quelque couleur politique que soit le gouvernement, ne paie pas ses dettes envers les conseils généraux ; il ne faut pas rêver qu’il paierait davantage les mairies.

Des associations pourraient intervenir, dit le projet de loi ?


On voudrait nous allécher avec cette proposition, mais elle est dangereuse.
D’abord parce qu’il y a, d’ores et déjà, confusion entre le temps scolaire directement et exclusivement sous la responsabilité des enseignants, et le temps péri et post scolaire : les intervenants extérieurs d’anglais, de musique, de code de la route, de citoyenneté, de poney, de ceci de cela … sans parler de l’intervention d’une sous-ministre pour faire de la propagande politique. Fait isolé mais les autres sont pratique courante.
On trouve facilement sur les sites officiels des rectorats des exemples de conventions entre des écoles et des entreprises (Académie de Strasbourg et Darty).
On pourrait dire : Darty est une entreprise inscrite au registre du commerce, n’acceptons que des associations. C’est un leurre : le droit français permet à quiconque de fonder une association de figure honnête, mais dont les buts sont quelconques, les liens avec d’autres entités invérifiables.
Il est illusoire de penser donner un brevet de laïcité à des organisations, quand on voit les agissements de certaines qui s’en réclament.

Donc, lourds de cette expérience, nul espoir dans une tentative de vérification des intervenants.

On aimerait que les enseignants soient cohérents : on ne peut pas à la fois dénoncer à juste titre la municipalisation de l'école et demander le maintien - là où c'est en place - de l'intervention pendant le temps scolaire des intervenants sportifs et musicaux municipaux.
On aimerait que les dirigeants de la FCPE soient cohérents : on ne peut pas déplorer que les connaissances de base, lecture, écriture, calcul, soient mal acquises, et applaudir à un projet de loi qui en diminuant et désorganisant le temps d’apprentissage, aggrave les lacunes des élèves.

Halte au feu !


Il faut suspendre immédiatement le projet ministériel. Imaginons, sans trop d’espoir, que s'ouvre un vrai débat serein entre les organisations de parents d'élèves, les syndicats enseignants, les représentants des collectivités territoriales. Pas le « grand débat de la refondation », dont l’inanité éclate, à voir le projet de loi qui en est issu.
Sans trop d’espoir, voici pourquoi : depuis vingt ou trente ans nous avons vécu une multitude de débats, colloques, consultations sur l’école, les rapports qui en sont issus sont rangés dans les armoires aussitôt écrits, y compris ceux dont les conclusions ont été écrites d’avance (Meirieu, Thélot). Celui de cette année en fait partie.
Supposons que nous demandions, comme certains pour d’autres sujets, un référendum, nécessairement précédé d’un débat public. Bonne idée a priori, sauf que la rédaction de la question ne revient pas au peuple, et surtout que nous avons maintenant la douloureuse expérience du référendum de 2005 piétiné par la forfaiture du congrès de Versailles. Ceux qui ont commis la forfaiture, et qui dans l’ensemble sont toujours élus, tout permet de prévoir qu’ils vont recommencer.

Nous ne pensons pas que ce projet soit précipité, et que le gouvernement agisse ainsi par légèreté et ignorance. La municipalisation de l’école, ce n’est pas seulement un déplacement de crédits et d’heures, c’est le grand bond réactionnaire en arrière, avant la loi de Jules Ferry, quand les maîtres étaient soumis au pouvoir local, quand ils n’étaient pas encore fonctionnaires d’Etat.


Nous ne rêvons pas, nous lisons les textes : vous avez vu les Projets Educatifs Territoriaux ? Il s’agit de faire comme on peut des arrangements locaux, qui sont hélas parfaitement cohérents avec bien d’autres mesures discrètes de remodelage territorial, tout à fait dans la lignée de la destruction des Etats sous injonction des directives européennes.
Exit Jules Ferry et bien sûr la laïcité, exeunt les programmes nationaux (la loi Jospin et Bayrou s’en étaient déjà occupés), exeunt les garanties du statut de la fonction publique par la fusion-indistinction des devoirs et responsabilités des divers adultes, enseignants, intervenants de tout poil … Tout le monde étant remplaçable par tout le monde *, on ne voit pas pourquoi l’Etat se gênerait de n’embaucher - précaires bien sûr – que des animateurs aux compétences floues.

Tout est, hélas, parfaitement cohérent dans la destruction.

Pour faire halte au feu, les gentils pompiers d’une hypothétique concertation sont très insuffisants.


* Toute ressemblance avec le mariage dit « pour tous », lieu de l’indistinction fondamentale, est évidemment fortuite, et ne relève que de la mauvaise foi.



Jean-François Chalot et Isabelle Voltaire


Avec des nuances et des personnalités différentes, sur le même thème et dans l'intérêt des élèves :

un syndicat : le Snudi-FO,


Catherine Huby pour l'association GRIP,

la présidente de Reconstruire l'école.


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Publié le 27 janvier 2013.